Déplacements et transports

La stratégie de conduite autonome d'Uber : remodeler l'avenir de la mobilité urbaine avec une réglementation de "réseau hybride"

Uber fait pression pour une réglementation de « réseau hybride », exigeant que les taxis autonomes conservent 85 % de services de conducteurs humains. Cette stratégie ne concerne pas seulement la concurrence entre entreprises, mais reflète également la sagesse de gouvernance des villes pendant la transition vers la conduite autonome et la direction de la refonte des systèmes de mobilité.

Il y a dix ans, Travis Kalanick, l'ancien PDG d'Uber, considérait les véhicules autonomes comme une « menace existentielle » pour le modèle économique de l'entreprise. Dix ans plus tard, Uber a complètement abandonné la R&D interne pour s'associer à plus de 25 entreprises de robotaxis, devenant ainsi une plateforme regroupant divers services de conduite autonome. Mais une série de documents récemment divulgués montrent qu'Uber ne s'arrête pas aux partenariats commerciaux : il tente, par le biais de lobbying législatif, d'inscrire dans la loi le concept de « réseau mixte », imposant que 85 % des commandes des services de VTC autonomes soient assurées par des chauffeurs humains.

Dans le New Jersey, les représentants d'Uber ont soumis un projet de loi au sénateur d'État Andrew Zwicker, exigeant que toute plateforme proposant des services de VTC sans conducteur garantisse, dans un délai de trois ans, que 85 % des trajets soient effectués par des conducteurs humains. Si cette disposition entre en vigueur, des entreprises comme Waymo, Zoox ou Tesla ne pourraient pas exploiter leur propre application de VTC indépendante et devraient s'intégrer à des plateformes existantes comme Uber. Cette mesure revient à verrouiller les opérateurs de véhicules autonomes dans l'écosystème d'Uber. À Washington D.C., Uber fait également du lobbying auprès des élus pour imposer le « réseau mixte » comme condition préalable à la participation aux projets de conduite autonome.

Uber affirme officiellement qu'il s'agit d'assurer une « transition en douceur », de protéger l'emploi des chauffeurs et de s'opposer à des lois « monopolistiques » sur la conduite autonome. Mais les critiques soulignent qu'il s'agit simplement d'une stratégie d'Uber pour consolider sa position sur le marché en utilisant des leviers réglementaires, alors qu'il est incapable de maîtriser seul la technologie. Des entreprises comme Waymo s'opposent clairement à toute réglementation limitant des types spécifiques de réseaux.

Du point de vue de la gouvernance urbaine, cette confrontation touche à une question centrale de l'ère de la conduite autonome : lorsque les machines remplacent les conducteurs humains, comment les villes doivent-elles gérer la transition du système de transport ? La solution du « réseau mixte » d'Uber propose une voie progressive, mais au prix potentiel d'un ralentissement de l'adoption technologique, d'une limitation de la concurrence et d'un avantage réglementaire pour le géant existant des VTC. Une meilleure politique devrait peut-être également se concentrer sur : comment garantir une interopérabilité équitable entre les plateformes via le partage de données, comment établir des références de performance fiables, et comment assurer une reconversion professionnelle et une protection sociale aux chauffeurs affectés.

Historiquement, Uber était connu pour sa stratégie « d'abord l'expansion, ensuite la conformité », allant même jusqu'à contourner délibérément la réglementation. Aujourd'hui, il prône une législation prudente. Ce revirement en soi marque le passage des véhicules autonomes des laboratoires au cœur des politiques urbaines. Les projets de loi du New Jersey et de Washington D.C. serviront de modèles de référence pour d'autres villes : autoriser des plateformes de conduite entièrement autonome à opérer indépendamment, ou imposer un modèle mixte ? Ces choix influenceront profondément la structure des systèmes de mobilité urbaine dans la prochaine décennie.

La conduite autonome n'est pas un problème technologique, mais un problème de système urbain. La stratégie d'Uber nous rappelle que toute technologie nécessite une conception institutionnelle, et que le résultat de cette conception déterminera l'équilibre entre équité et efficacité. Les gestionnaires urbains doivent dépasser le récit superficiel du lobbying des entreprises et construire des règles de gouvernance des données, de transition de l'emploi et d'infrastructure qui servent véritablement l'intérêt public.

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URLs des sources

  1. https://www.wired.com/story/ubers-autonomous-vehicle-strategy-slow-their-adoption/