gouvernance numérique

Maturité du gouvernement numérique : la logique de gouvernance derrière les disparités entre zones urbaines et rurales

L'étude comparative menée à Makassar et Sidrap en Indonésie montre que l'écart entre zones urbaines et rurales en matière de gouvernement numérique ne tient pas à la technologie, mais à la capacité de gouvernance.

Lorsque les technologies numériques entrent dans l'administration publique, nous supposons souvent qu'il ne s'agit que de déployer un système. Mais une étude récente en Indonésie révèle une réalité bien plus complexe : au sein d'un même cadre national, la maturité d'un gouvernement numérique urbain peut largement dépasser celle d'une région semi-rurale, et la cause n'est pas d'ordre technologique, mais relève des capacités de gouvernance.

Cette étude comparative, publiée dans Frontiers in Political Science, a sélectionné deux gouvernements locaux de la province de Sulawesi du Sud, en Indonésie : Makassar, une ville en urbanisation rapide, et le district semi-rural de Sidrap. Tous deux relèvent de la même division administrative provinciale et sont soumis à la même politique nationale de gouvernement numérique ; pourtant, leur maturité en matière de gouvernement numérique présente une divergence marquée.

Même cadre, trajectoires différentes

Makassar est une référence dans la construction d'une ville intelligente à l'est de l'Indonésie, avec des services en ligne intégrés et des innovations en la matière. Sidrap, en revanche, est entravé par des lacunes en infrastructures, une intégration fragmentée des services et une culture numérique citoyenne insuffisante. Cette différence n'est pas propre à l'Indonésie : en Asie du Sud, en Afrique et en Amérique latine, la fracture numérique entre zones urbaines et rurales est répandue, et même lorsque l'indice national global de numérisation progresse, les ruptures au niveau local restent nettement visibles.

L'étude repose sur la logique du « système le plus similaire » : puisque l'environnement institutionnel externe est identique, les différences doivent nécessairement provenir des capacités de gouvernance internes.

Capacités de gouvernance : une variable sous-estimée

Les chercheurs décomposent la capacité de gouvernance selon trois dimensions :

1. Leadership : engagement continu vs soutien symbolique

À Makassar, la transformation numérique a bénéficié d'un engagement politique de long terme au niveau du maire, qui s'est traduit par des ressources durables et une priorisation continue des projets. À Sidrap, en revanche, la direction adopte une attitude réactive à l'égard du gouvernement numérique, ne répondant passivement que sous la pression du gouvernement central, sans stratégie cohérente. Cette différence affecte directement la capacité de mobilisation organisationnelle.

2. Coordination institutionnelle : structures intégrées vs configuration fragmentée

Makassar a établi un mécanisme de coordination interservices pour les services numériques, clarifiant les responsabilités de chaque institution dans la transformation numérique et créant ainsi une synergie. Sidrap présente quant à lui une structure de gouvernance fragmentée, avec des responsabilités floues entre les services et une multiplication des silos de données, ce qui empêche l'interconnexion en ligne des processus de services. La recherche montre que la maturité du gouvernement numérique dépend d'une refonte des frontières organisationnelles, et non d'une simple interconnexion technique.

3. Préparation administrative : capital humain et capacité d'exécution

Les ressources humaines constituent l'infrastructure invisible de la transformation numérique. Makassar dispose d'un plus grand nombre de fonctionnaires dotés de compétences numériques et en gestion de projet, capables de prendre en charge des systèmes d'information complexes. Sidrap, lui, est confronté à une pénurie de ressources humaines, à une formation insuffisante et à une rotation du personnel ; la culture numérique des fonctionnaires de terrain constitue un maillon faible. Un niveau insuffisant de préparation administrative fait que, même avec une plateforme unifiée, il est difficile de l'exploiter et de la promouvoir efficacement.

De la dépendance technologique à une stratégie sensible à la gouvernance

L'enseignement principal de cette étude est que la maturité du gouvernement numérique ne doit pas être envisagée comme un processus linéaire d'adoption technologique, mais comme le produit des interactions entre divers éléments des capacités de gouvernance. Lorsque les États recherchent une normalisation au niveau national, la cause profonde des différences locales réside précisément dans le caractère « local » de la gouvernance.Par conséquent, les politiques visant à réduire la fracture numérique entre zones urbaines et rurales ne devraient pas se limiter à déployer la fibre optique ou à acheter des serveurs, mais devraient privilégier l’investissement dans :

  • la formation des dirigeants locaux à la gouvernance numérique, afin de créer une capacité de mobilisation politique ;
  • la mise en place de mécanismes de coordination intersectorielle, afin de briser les cloisonnements administratifs ;
  • le renforcement des compétences numériques des fonctionnaires de base, afin de réduire le taux d’« analphabétisme numérique ».

La recherche rappelle également que, si la capacité de gouvernance est négligée, la construction d’un gouvernement numérique peut au contraire renforcer les inégalités sociales existantes — les villes, grâce à une meilleure efficacité de gouvernance, améliorent encore davantage leurs services publics, tandis que les zones semi-rurales sont marginalisées par la vague de numérisation.

Le plafond du gouvernement numérique

Le cas indonésien offre une note de prudence aux stratégies de villes intelligentes des pays en développement : la technologie peut s’acheter, mais la capacité de gouvernance ne s’acquiert pas rapidement. Lorsque le gouvernement numérique devient un indicateur de compétitivité nationale, la véritable ligne de partage ne réside pas dans le fait qu’une ville dispose d’algorithmes plus avancés, mais dans la capacité des gouvernements locaux à transformer la technologie en valeur publique durable grâce à l’innovation institutionnelle et aux investissements dans les talents.

À l’avenir, l’évaluation de la maturité du gouvernement numérique devra intégrer la dimension de gouvernance — passer de « combien de systèmes possède-t-on » à « comment ces systèmes sont-ils organisés ». C’est peut-être la question la plus importante que cette recherche apporte au domaine des technologies urbaines.

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  1. https://www.frontiersin.org/journals/political-science/articles/10.3389/fpos.2026.1779611/full